• Chanson de geste

     

    Au lycée maritime de Ciboure. Programme du jour : ramendage et matelotage.

    Jacques, alias Scapin, est prévenu : il faut faire et refaire, répéter et encore répéter le même geste, jusqu’à réussir à l’oublier.

    Chanson de gesteLucile lui annonce qu’elle sera aujourd’hui l’inspectrice des travaux finis. Confiant, Jacques annonce à son tour la couleur au professeur : « je vais l’avoir aujourd’hui, le nœud de pêcheur ». Pour cela, il faut souquer pour bien ramender. Sans oublier le nœud d’arrêt.

     Devant le filet, Jacques comprend qu’il vaut mieux éviter de mettre la charrue avant les bœufs. Autrement dit, dans le langage maritime, faire le nœud avant de charger l’aiguille. Le bon geste ne tient qu’à un fil, coincé entre le pouce et l’index. Celui-ci est levé tour à tour par David et Nathan, les deux futurs bacheliers qui ont fini les premiers le travail demandé.

    Place au matelotage. Jacques a plusieurs cordes à son arc : après les vocales, qu’il connaît bien, c’est au tour de la corde à capeler puis à plonger. David, relayant son professeur, vient montrer à Jacques le coup du serpent. L’histoire semble tout droit sortie d’une fable de la Fontaine :

    A un serpent il prit la soudaine envie

    De sortir de son puits.

    Quand il vit Messire le Loup approcher

    Le tour de l’arbre il fit sans tarder.

    Dans son puits il replongea.

    Et c’est la fin du récit déjà.

    Mais pour le mettre en pratique, c’est une autre histoire. Le principal est de tenir la corde, comme si le serpent était toujours prêt à mordre. Tel est le conseil du professeur qui finit par révéler la morale : avoir le tour de main et ne jamais abandonner le nœud en chemin. Après David, Nathan enseigne à Jacques une autre manière de faire le coup de serpent. Les deux lycéens sont comme des poissons dans l’eau. Quant à Jacques, il se jette dans la gueule du loup et se met à serpenter. Faire et refaire, répéter et encore répéter, pour oublier le geste.

    Sauvé par le gong, le matelot Jacques a bien mérité une pause récré.

    Nouveau cours : des élèves en Bac Pro Commerce se mettent au bleu pour une séance d’épissure. Le professeur avertit les six garçons : « Si vous ne savez pas comment ça s’appelle, je doute que vous sachiez le faire ». La justesse des gestes ne va pas sans celle des mots : surliure, à demi-clé, à la voilière, un mobile, deux fixes, maillages et commettages naviguent dans les esprits jusqu’à bon port. La théorie ne va pas non plus sans la pratique : Marc nettoie les maillages d’un filet pendant qu’Enzo et les autres camarades s’appliquent au décommettage. Le professeur veut entendre le fil chanter. Jacques, qui a le nœud de pêcheur, connaît maintenant la chanson : il faut faire et refaire, répéter et encore répéter. C’est avant tout une chanson de geste, celle qui contera les exploits du héros légendaire Scapin. Le fil rouge des coulisses de la création, celui qui, près de quatre siècles plus tard, crée encore de nouveaux liens. Pour notre plus grand bien.

                                                                                                                            Jackie

                                                                                                                                   et Gisarb

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